Premier single malt à ouvrir le bal : Laphroaig 30 ans (75 cl) et 43 % : Pas véritablement un inconnu dans le Club, puisque le Laphroaig 30 ans a été déjà dégusté à plusieurs reprises. Néanmoins, il s'agit d'une version un peu différente embouteillée pour le marché américain. Et bien force est de constater que le plaisir est resté intact. Toujours la même complexité, fruits exotiques (mangue, goyave, ananas, fruit de la passion), fruits rouges (framboise, fraise), du phénol accompagné d'épices (poivre, girofle, cannelle), du sel, de la marmelade, de la suie. Et pour nous qui avons eu la chance de le savourer à quatre reprises, toujours plus de présence et de définition. A défaut d'être le plus tourbé et fumé des Laphroaig, le 30 ans est assurément l'un des plus complexes et des plus charmeurs.

Direction le pays du soleil levant pour le second single malt dégusté. Plus précisemment, la distillerie Karuizawa située sur Honshu. Nous avons été littéralement emballés quand nous avons découvert une version single cask millésimée 1992, embouteillée à 62.8 %, très tourbée et fumée. Nous l'avons été également lorsque nous avons reçu un peu plus tard la version à l'honneur lors des soirées millésimes. Toujours single cask et embouteillée à 59.8 %, cette version a été vieillie en fût de sherry. Un 1981 très tourbé est attendu pour la rentrée. Les papilles tapissées par le Laphroaig 30 ans ont permis de maîtriser les 59.8 % de ce Karuizawa. Pour certains, l'exercice de style a été périlleux, pour la plupart, la surprise était au rendez-vous. Il faut dire que ce whisky ne manque pas de personnalité. Fin, il est marqué par le citron vert, le citron confit. D'une grande douceur en attaque, il évolue sur le sel, les épices, la noix fraîche. D'un caractère noble, il possède une longueur impressionnante. Les herbes aromatiques pointent leur nez au fur et à mesure. Encore un merveilleux single malt en provenance du Japon. La rétro-olfaction faisait ressortir des notes d'amande, de noisette, de chocolat au lait. A signaler la présence d'une tourbe légère ainsi que d'une fumée maîtrisée.

Pour le troisième single malt, retour sur Islay et sur une distillerie fermée. Bien sûr, il s'agit de Port Ellen : en réalité deux Port Ellen ont été dégustés. Tout d'abord : Port Ellen 1982 Closed Distillery (La Part des Anges) embouteillé à 58.7% : Il y a longtemps que nous n'avions dégusté un Port Ellen aussi riche et concentré. La tourbe, la fumée étaient bien entendu de la partie, mais aussi des notes de bitume, de réglisse et de fruits très mûrs. La finale longue laissait entrevoir des notes de sous-bois et de champignons. Plutôt tertiaire et animal (cuir, quelques animaux ont été cités) sans oublier des notes marines et poissonneuses. Port Ellen 1982 Berry Bros, 55.6 % : voilà le second Port Ellen dégusté. D'un style très différent, plus souple et fruité (l'influence du sherry avec l'orange amère, la noix verte), cette version remarquablement équilibrée entre le sucre et le sel se révèlait extrêmement iodée (teinture d'iode). Deux visages différents de ce mythique single malt, la puissance pour le premier, l'onctuosité pour le second.

Pour clore les soirées en beauté, une version cask strength de chez Signatory Vintage était à l'honneur et pas n'importe laquelle.Glen Grant 1965, 40 ans - 56.8 % : à en voir la couleur, il s'agit d'un sherry. Tout est exceptionnel dans ce single malt, la couleur tirant sur l'acajou, les jambes longues qui mettent un temps incroyable à descendre le long de la paroi du verre. Le nez envoûtant, fruité (rancio à la manière d'un vieux porto tawny), les 56.8 % ne se faisant absolument pas sentir. Les notes d'épices douces. La concentration extrême de la bouche. Quelque part on va à l'essentiel. On est sur un sherry majeur avec la patte Signatory. On pense à la douceur du taffetas parsemé de notes cacaotées avec une amertume noble. Tous les sens sont en éveil devant un tel whisky. La longueur est interminable, pulpeuse, caressante, d'une épaisseur incroyable. La finale fait la queue de paon pour partir sur un merveilleux rancio fruits rouges. C'est émouvant de déguster une essence même de whisky. Chaque gorgée est un nouveau voyage, c'est en dire la richesse. Elle n'attend plus que vos mots pour la décrire.

Je vous dis au plus tard en Septembre à l'occasion du Whisky Live Paris quatrième édition, n'oubliez pas de vous inscrire.