Dès 1983, Jacques Weber avait eu l'idée de mettre en scène les débats télévisés opposant François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing. Il a mis prés d'un quart de siècle à réaliser son projet, non par opportunisme en raison d'une actualité politique brûlante, mais bien parce que ces débats possèdent un caractère théâtral évident. C'était l'époque des premiers débats télévisés, véritables joutes attendues avec impatience par tous les français.
Il faut la stature d'acteurs tels que Jacques Weber et Jean-François Balmer pour oser "s'attaquer" à ces deux monstres sacrés de la politique. Le moins que l'on puisse dire est que la pièce est une réussite et que les deux acteurs sont saisissants de vérité. On rit beaucoup (surtout pendant la première partie : débat de 1974). Certaines répliques sont du registre de l'absurde (notamment celle sur l'huile d'arachide), ce qui fait dire à Jacques Weber que Ionesco n'aurait pas renié certains dialogues.
Aprés la représentation, rendez-vous était donné au bar du Théâtre afin de déguster trois whiskies. Rapidement et très gentiment, les deux acteurs se joignirent à nous. Je tiens à les remercier vivement pour leur simplicité et leur complicité. Ils ont fait le bonheur de tous les participants.
Premier single malt dégusté : Balblair 1979 - 26 ans - un-chillfiltered - 46 % : Un départ en fanfare avec un single malt brillant par son fruité exacerbé ou l'on trouve les fruits exotiques (ananas) et les fruits mûrs (pomme, poire) mêlés à la vanille, les épices douces. Ce qui est particulièrement intéressant dans cette remarquable version, c'est le déplacement progressif vers le sel et les embruns. Eh oui, Balblair est bien un single malt côtier. Superbe.
Second single malt dégusté : Caol Ila 1974 - 30 ans _ unfiltered hand bottled - 46 % : Cette collection incluait (je dis bien incluait deux autres single malts, Old Pulteney et Brora). Réduit à 46 % puis mis en bouteille à la main sans filtration, ce Caol Ila à ravi Jacques Weber et Jean-François Balmer, il faut dire que le premier nommé est un fervent supporter de Caol Ila, qu'il a découvert il y a quelques années à Lyon, chez un restaurateur. C'est déjà un Signatory Vintage, un 1976 dans la collection Straight from the cask, une pure merveille. Jacques y a décelé une subtilité rare avec une tourbe en arrière, parfaite. Il faut dire que l'on touche quasiment à la perfection en matière d'équilibre tourbe/fruit/iode. Tout d'abord, le premier nez est d'une rare intensité, réglissé, caoutchouteux, fumé, cendré, en deux mots : crémeux et profond. Il se développe sur les agrumes confits (citron). La bouche transcende le nez par sa finesse et sa race. Elle enrobe parfaitement le palais, je dirais même que ce Caol Ila caresse le palais tout en procurant une grande sensation de fraîcheur (la non filtration n'est pas étrangère à cela). Un single malt vivant, long, interminable qui devient de plus en plus marin. A noter une amertume sublime qui apporte un tranchant, une vivacité en extrême finale. Magnifique.
Troisième single malt : Dallas Dhu - 1981 - 25 ans- 57.5 % : From Huntly to Paris, cette version est une sélection La Maison du Whiksy embouteillée par Duncan Taylor. Changement de décor. L'on abandonne le bord de mer pour se retrouver en pleine campagne. Distillerie fermée en 1983, Dallas Dhu est devenue un musée en 1992. Affinée en fût ayant contenu du Porto, cette version arbore une couleur rose soutenu du plus bel effet. Le nez de ce whisky m'évoque la couleur bleue. Bleutée comme la pellicule d'un raisin noir frisant avec l'ardoise. Il se montre pulpeux avec ses notes de fruits rouges (fraise exactement). La bouche est étonnante. Longiligne, elle est d'une longueur incroyable avec pour ponctuation les raisins mûrs et le rancio magnifique d'un grand porto. Entre le début et la fin de bouche, on entrevoit un chemin de campagne serpentant dans une campagne verdoyante parsemée de bosquets, de coquelicots, de fleurs sauvages. Un tableau impressionniste.
Enfin, cette soirée fut l'occasion de célèbrer l'anniversaire d'Alexandre Vingtier. Celui-ci était venu avec de bien beaux flacons pour fêter l'évènement. Hirsch 21 ans - 1983 - 46.5 % : exceptionnel rye whiskey. Linkwood 1983 - madeira finish - 52.1 % de chez Murray McDavid : particulièrement fin et onctueux. Glenlivet 1983 cellar collection - 46 % : Speyside jusqu'au bout des ongles avec ses notes florales et fruitées et enfin Highland Park 1983 - 56.8 % :__ Un Highland Park qu'il faut savoir attendre pour que le plaisir soit au rendez-vous, car attention très grand whisky.
Ce fut donc une soirée riche en rebondissements un peu à la manière d'une pièce de théâtre en trois actes.
Lendemain de premier tour au Théâtre de la Madeleine
Par Jean-Marc Bellier, mardi 24 avril 2007 à 16:04 :: General :: #171 :: rss
En ce lendemain de premier tour à l'élection présidentielle, le Théâtre de la Madeleine recevait pour la seconde fois le Club Maison du Whisky. Au programme, la pièce interprétée par Jean-François Balmer et Jacques Weber mettant en scène les débats télévisés qui eurent lieu entre François Mitterrand et Valéry Giscard D'estaing en 1974 et 1981 était en prise directe (difficile de faire mieux) avec l'actualité. L'occasion était trop belle de déguster un whisky de...1974 et un whisky de...1981 en compagnie des deux acteurs.
Trackbacks
Aucun trackback.
Les trackbacks pour ce billet sont fermés.















Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.