Le premier single malt dégusté avait pour particularité d'être l'assemblage de deux fûts (n°2328 et 2329) de chêne neuf américain. Glen Elgin 1996 - virgin oak - 1996 - 46 % - Signatory Vintage : Couleur jaune pâle. Le premier soir, le nez m'a paru superbement malté avec du fruit (poire, pomme) agrémenté d'un beau végétal (foin coupé). Typé Speyside en quelque sorte. Les épices du bois neuf arrivaient ensuite (ginseng, poivre). Le tout était ponctué d'une agréable amertume.

Le second soir, changement de programme, puisque le chêne était plus présent (joli boisé au demeurant, franc de goût). La vanille aussi. Des notes de fenouil me rappelant un vin blanc du sud de la France et même certains Côtes du Rhône.

La bouche plus ample que le nez ne pouvait le laisser supposer se révèlait plutôt sucrée. Elle oscille entre le jus d'orange frais et l'orange confite. Elle évolue sur la citronnelle et le cacao. Les épices sont aussi présentes ainsi que la noisette et les arachides.

La finale salée prend du temps, elle révèle au fur et à mesure des notes laiteuses (datte fraîche). Cette version a besoin de temps et d'aération car elle fait preuve de rectitude.

Passons à la polémique maintenant :

Edradour Super Tuscan - 58.8 %- 1996 - bottled 01/07 - Signatory Vintage : Cet Edradour a passé 8 mois dans un fût ayant contenu un vin rouge toscan prestigieux (Sassicaïa). Le nez est marqué par le chocolat, la confiture d'orange et les fruits exotiques (mangue, goyave). Il évolue sur la fleur de lavande.

Pourquoi j'ai aimé le nez ? : pour moi, le nez réussit à réaliser une osmose très intéressante entre le whisky et le vin, c'est à dire qu'il met en valeur l'acidité volatile (support indispensable pour qu'un vin puisse vieillir longemps tout en gardant sa fraîcheur) du vin et procure un caractère à la fois juteux et solaire au whisky. Il est donc nécessaire de longuement aérer cet Edradour Super Tuscan car le nez finit par prendre une couleur violette et se dirige progressivement dans un registre de fruits rouges.

La bouche est vive et puissante. Reprenant le chocolat amer du nez, elle évolue sur la datte sèche et le pruneau. Elle possède une dimension ensoleillée. L'un d'entre vous suggérait de marier ce whisky avec un fromage de chèvre et sa confiture de poivron. Eclairage plus qu'intéressant sur cet Edradour Super Toscan (je ne résiste pas à ré-écrire son nom). Un whisky de table.

La finale sur l'amande est également épicée (poivre gris). Elle fait penser à une liqueur de whisky à l'orange.

Bien sûr que cette version n'est pas exempte de défauts, à la limite quel whisky est exempt de défauts, pour ma part je n'en connais pas. Même les versions que nous sublimons peuvent se révèler décevantes si l'on a l'occasion de les re-déguster quelques années plus tard. Et puis, un certain nombre d'entre vous ont apprécié ce single malt, doit-on pour cela les pendre haut et court ? Quand nous avons sélectionné l'Edradour Tokaji l'été dernier, Alexandre et moi étions pratiquement les seuls à La Maison du Whisky à défendre cette version pour son originalité. Nous avons tenu absolument à sélectionner cette version estampillée "La Maison du Whisky". Résultat, la plupart des personnes à qui nous l'avons recommandé l'ont beaucoup apprécié.

Le Clou de la soirée

Clynelish 1973 - 54.2 % - fût n° 8914 - Cask Strength collection - Signatory Vintage : Nous avions dégusté précédemment (au Paris Whisky Live et au Highlander Pub), deux Clynelish 1973 embouteillés sous le label Prestonfield. Il nous est apparu intéressant de déguster ce troisième et dernier fût. La dithyrambe était de mise. Il faut dire que la barre est placée trés haut. Benoit y a déceler un air de famille avec un thé noir Pu Er, avec notamment ses odeurs de terre humide après une pluie d'orage en été. Présente également, la noix fraîche. Le camphre, l'âcreté de la fumée, la cendre enrobent les agrumes (citron). Viennent ensuite la réglisse et un beau développement sur les fruits mûrs et exotiques.

La bouche ample en attaque caresse avec douceur le palais (note de miel). Elle se montre capiteuse avec ses notes d'herbes aromatiques et médicinales (sauge, verveine). La finale évolue dans un registre tertiaire (sous-bois, champignons). A noter, j'allais oublié tant cela est évident, la présence de sel.

Si ce Clynelish a conquis la majorité d'entre nous, il a été aussi jugé assez court en bouche par quelques uns. Ces derniers ont particulièrement apprécié l'entame de bouche riche, opulente mais ont été relativement déçus par le milieu de bouche et surtout par une finale fuyante. L'idée que l'on aurait dû déguster le Clynelish avant Edradour a même traversé certains esprits (sans jeu de mot). Pourquoi pas ! En tous cas c'est dire que l'Edradour n'en manque pas de longueur en bouche. Certains diront au point de fausser la dégustation du Clynelish.

A bientôt pour de nouvelles aventures gustatives et qui sait une dégustation d'Edradour affinés dans d'autres fûts... Que de surprises en perspective.