Commençons en fanfare : Fraichement arrivé par avion, Benriach 1976 of, 53 %: Le premier nez n'était pas sans évoquer un irish whiskey par son caractère fruité avec un développement sur la noix de coco, la pêche soutenu par une fine réglisse. Les fruits noirs venaient ensuite. Très équilibré, il évoluait sur la cire d'abeille, le tabac blond et les fleurs blanches (muguet, lys). Une dimension herbacée prenait place au fur et à mesure (plante d'appartement) ainsi que des notes de vanille noix de pécan, de crème de marron, de groseille à maquereau et de raisin blanc. La bouche, puissante, plus carrée que le nez reprenait le registre fruité, cependant plus sur les agrumes (orange, pamplemousse). Equilibre intéressant entre de beaux amers et les sucres. Elle évoluait sur les fruits exotiques (passion, mangue). La finale, liquoreuse laissait entrevoir des notes de noisette. La rétro-olfaction se montrait automnale (mousse, champignons).

Laphroaig 1987 of - 53.4 %: Trés attendue, cette version provenant de l'assemblage de 6 fûts car elle n'avait pu être dégustée lors du Paris Whisky Live. Le premier nez particulièrement épicé (poivre) révèlait également des notes de pavot, de lavande. Pimenté (espelette), il se montrait également laiteux avant de laisser place à la suie. La bouche ouverte sur la menthe poivrée et la tourbe est riche, fumée. Première image : une colonne vertébrale parcourue par une cavalcade de chevaux sur une plage. La couleur mauve est de mise. L'iode est au rendez-vous. Puissante et ciselée à la fois, elle évoque à mes yeux (seconde image) les flèches d'une cathédrale émergeant au dessus des champs (d'orge) juste avant la moisson. Il y a du mystique et du mystère dans ce Laphroaig. La finale est marquée par la noisette, le chocolat. On emprunte un chemin de randonée (troisième image) qui donne vue sur la mer avec les embruns, le hareng fumé, les algues. Le nez nous emmène ensuite vers les fleurs (bleuet), le bonbon à la violette, il devient médicinal (camphre, girofle). Il possède la chaleur d'une pierre blanchie par le soleil, un bouquet de lavande séché. La finale évoque le bitume sur lequel pointe des fleurs et des grains de sel. La nature reprend ses droits.

Ardbeg 1974 of - 52.7 % : A peine embouteillée et déjà mythique, les 109 bouteilles s'étant déjà littéralement arrachées. L'orient s'offre à nous dès le premier nez avec ses subtiles notes épicées (safran). La couleur est divinement rousse. Vif, avec ses notes de citron vert, il se fait caressant par son caractère miellé et ses notes de rose. Toute la délicatesse des vieux Ardbeg est là. Beaucoup d'équilibre et de profondeur. On peut passer des heures à "noser" cet Ardbeg, il a toujours quelque parfum nouveau à proposer. La notion de tourbe est secondaire, on savoure un grand single malt tout comme l'on dégustait un superbe Laphroaig quelques instants auparavant. Si la bouche est délicate, elle n'en n'oublie pas pour autant de se montrer excessive avec ses notes de teinture d'iode, de sel et de terre. Là aussi la nature reprend ses droits. Huileuse, elle révèle comme l'a si bien décrit Alexandre des notes de tilleul et de noix. La longueur est impressionnante, elle nous élève. Si le Laphroaig était un single malt d'extérieur, cet Ardbeg est un single malt d'intérieur. Le dégustateur se retrouve devant un feu de cheminée confortablement installé dans un fauteuil en cuir. C'est à un voyage en nous-même auquel nous sommes invités.

La Maison du Whisky a 50 ans. Quoi de plus normal que de finir l'année sur un single malt de l'année 1956 !

Glen Grant 1956 - Gordon & MacPhail - 46% : Fraîchement élu sherry cask de l'année, ce Glen Grant évoque dès le premier nez un sherry d'envergure et d'une extrême finesse. Tout est équilibre, la sagesse de 49 ans passés en fût explose en bouche. Ce qui frappe avant tout, c'est la fraîcheur de ce vénérable single malt, le boisé est fondu, au service des fruits frais (mirabelle) et des fleurs capiteuses (chèvrefeuille). Des notes d'encens viennent progressivement. Il faut du tempérament pour venir aprés le Laphroaig 87 et l'Ardbeg 1974. Eh bien ce Glen Grant franchit l'écueil sans encombre, mieux, il situe au plus haut niveau le vieillissement en fût de sherry. Plutôt q'une description aromatique, c'est le toucher de bouche exceptionnel, le soyeux, la richesse, la densité, la profondeur, le remarquable équilibre entre le sucré, le salé, l'amer et l'acide qui sont mises en valeur. La longueur en bouche est impressionnante. En un mot je parlerai de "classe".

Voilà, l'année 2006 se termine bientôt, comme je l'ai dit lors des dernières soirées, nous vous remercions de faire partie de notre Club. Je vous souhaite ainsi que toute l'équipe de La Maison du Whisky, une bonne année 2007 en attendant de vous revoir prochainement pour de nouvelles découvertes gustatives.